Les flux commerciaux de l’Inde ont affiché en décembre une divergence plus marquée : les exportations vers la Chine ont fortement augmenté, tandis que les expéditions vers les États-Unis se sont tassées. Cette évolution illustre l’ajustement des exportateurs face à des droits de douane américains plus élevés, qui compressent les marges et perturbent les itinéraires commerciaux établis.
Des données gouvernementales publiées tard jeudi montrent que les exportations vers la Chine ont bondi de 67% en décembre pour atteindre environ 2 milliards de dollars. À l’inverse, les exportations vers les États-Unis, premier marché d’exportation de l’Inde pour les biens, ont reculé de 1,8% à environ 6,8 milliards de dollars. Cet écart reflète un repositionnement commercial : les entreprises cherchent des relais de croissance et tentent de préserver les volumes dans un contexte de coûts d’accès au marché plus élevés.
Ce mouvement intervient après l’instauration de droits de douane de 50% sur les produits indiens entrant aux États-Unis, un niveau parmi les plus élevés appliqués à un partenaire commercial majeur, et même supérieur à celui visant la Chine. Cette décision a compliqué les arbitrages commerciaux et la relation bilatérale au sens large, renforçant l’urgence pour les exportateurs indiens de diversifier leurs débouchés et de réduire leur dépendance à un seul marché à forte valeur.
La hausse de décembre prolonge une tendance observée depuis le début de l’exercice. Sur les neuf premiers mois de l’année fiscale se terminant en mars 2026, les exportations vers la Chine continentale ont progressé d’environ 37%, tandis que les expéditions vers Hong Kong ont augmenté de plus de 25%. Cette progression suggère qu’une partie du tissu exportateur indien parvient à élargir sa présence dans des pôles de demande liés à la Chine, malgré une sensibilité accrue des chaînes d’approvisionnement aux risques politiques.
En parallèle, les contacts officiels ont mis l’accent sur la stabilisation et la reconstruction des relations bilatérales, avec une priorité donnée aux échanges économiques et aux liens entre populations. Le ton plus pragmatique contraste avec les périodes de tensions précédentes et indique une volonté de préserver, autant que possible, la coopération commerciale.
Les chiffres de commerce illustrent également l’importance croissante de la Chine dans les échanges indiens. Entre avril et décembre 2025, le commerce de biens avec la Chine a atteint environ 110,20 milliards de dollars, dépassant les 105,31 milliards de dollars enregistrés avec les États-Unis sur la même période. Cela ne traduit pas nécessairement un basculement stratégique, mais souligne le poids de la Chine comme base industrielle, marché final, et hub régional.
La progression des exportations vers la Chine ne résout pas la question du déséquilibre. L’Inde dégage un excédent commercial avec les États-Unis, mais enregistre un déficit beaucoup plus important avec la Chine, et ce déficit s’est accru.
Entre avril et décembre, l’excédent de l’Inde vis-à-vis des États-Unis a dépassé 26 milliards de dollars, tandis que le déficit avec la Chine atteignait 81,7 milliards de dollars. Cette comparaison montre pourquoi une substitution simple des volumes, des États-Unis vers la Chine, est difficile : plus d’échanges avec la Chine peut soutenir l’activité exportatrice, mais peut aussi élargir le déficit si les importations croissent plus vite que les exportations. Les différends frontaliers demeurent par ailleurs un arrière-plan sensible, rendant difficile une séparation complète entre commerce et géopolitique.
À titre de contexte, sur l’exercice 2025, le commerce de biens a atteint 131,84 milliards de dollars avec les États-Unis et 127,71 milliards de dollars avec la Chine, hors Hong Kong. Les deux relations sont donc massives, mais très différentes par leur structure, leur solde, et leur sensibilité politique.
Le déficit commercial de marchandises a augmenté de 21,4% sur un an en décembre, à 25 milliards de dollars. Les exportations ont progressé de 1,9% mais les importations ont grimpé de 8,8%, ce qui suggère un renforcement des achats à l’étranger, possiblement lié aux matières premières, au restockage, ou à une combinaison des deux. Le déficit est resté inférieur à certaines estimations de marché, mais la détérioration est nette.
Cette dynamique tranche aussi avec novembre, lorsque les exportations avaient surpris à la hausse, notamment grâce à un bond des expéditions vers les États-Unis dans un contexte d’anticipations de négociation. Le recul de décembre illustre comment l’incertitude politique peut provoquer des envois anticipés, puis une faiblesse des volumes une fois les conditions de prix, de contrat et de conformité ajustées.
Les autorités ont indiqué que les discussions avec Washington se poursuivaient et qu’un accord pourrait être proche, sans calendrier précis. Les déclarations publiques des deux côtés rappellent également la sensibilité politique et la complexité technique d’un accord commercial d’ampleur, notamment sur l’agriculture, l’industrie, le commerce numérique, et la politique industrielle.
Parallèlement, l’Inde accélère sa diversification. Les responsables ont évoqué des avancées vers un accord avec l’Union européenne et ont multiplié les initiatives commerciales avec d’autres partenaires, avec plusieurs signatures attendues au premier semestre 2026. L’objectif est de bâtir un ensemble plus large de voies d’accès stables afin d’absorber plus facilement les chocs provenant d’un seul marché, notamment via les changements tarifaires.
Les organisations professionnelles ont aussi mis en avant une base exportatrice relativement diversifiée, couvrant le Golfe, l’Europe, et l’Asie, tout en soulignant que la diversification devient cruciale à mesure que les routes commerciales mondiales sont remodelées par les conflits géopolitiques, les sanctions, les perturbations maritimes, et les réalignements stratégiques.
La question centrale est de savoir si l’Inde peut maintenir l’élan des exportations vers la Chine sans aggraver davantage le déficit bilatéral, et si d’autres marchés peuvent compenser une faiblesse prolongée des expéditions vers les États-Unis. Trois facteurs seront déterminants :
Pour l’instant, les chiffres de décembre décrivent une économie qui tente de préserver son dynamisme exportateur en élargissant sa base de clients, alors même que le plus grand marché unique devient plus coûteux à servir et que les relations commerciales demeurent très sensibles aux décisions politiques.